Construction du Temple

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers        

Les Collèges passent, la Tradition demeure; le précédent, sous la conduite de son VM N. T., a fait un travail remarquable; le prochain mettra tout en œuvre pour faire aussi bien.

Le rituel d’installation vient de nous rappeler les devoirs ou, pour mieux dire, les règles spécifiques que chaque officier se doit de respecter; en quelques mots, je souhaite vous faire savoir pourquoi, à mes yeux, ces règles, et d’autres, revêtent une telle importance. Les perdre de vue, c’est perdre le sens du rite, de la Franc-Maçonnerie, et, à terme, ce qu’il est coutume d’appeler le chemin de la Loge.

Le rite, servi par le symbolisme, images terrestres des réalités transcendantes, est le moyen que le Franc-Maçon a choisi pour aider l’homme à accomplir sa destinée d’ici-bas, à échapper à l’agitation collective désordonnée de la vie quotidienne et aux tentations, désirs individuels, transitoires, contingents, sources de vanité, d’orgueil, d’ambition, d’égocentrisme stérile pour soi, d’égoïsme nuisible pour les autres,  afin d’approcher, voire de gagner enfin le centre de la Croix, centre du Temple, point d’intersection entre verticale et plan horizontal, symbole métaphysique de la Tradition; ce point où se concilient et se résolvent toutes les oppositions, centre immobile de la libération absolue, de la Délivrance, délivrance de la multiplicité qui emprisonne l’homme dans les cycles de la manifestation.

La Franc-Maçonnerie conserve, à travers ses rites, les moyens d’accéder à cet idéal apparemment insaisissable. Certains craignent que, dépassée par l’emprise toujours plus pressante, omniprésente, envahissante de la Terre, de l’ombre froide et humide du matérialisme, elle ne vienne à disparaître; je ne parviens pourtant guère à m’en émouvoir: si l’humanité s’égare, en cet âge de fer, engendrant de plus en plus de souffrances, et c’est là le regret le plus profond que nous puissions avoir, il n’en restera  pas moins quelques-uns pour sauvegarder, peut-être malgré eux, la Tradition, la Vérité sacrée, dissimulée au profane au cœur de l’Unité primordiale; réécoutons ce que nous en dit René Guénon dans Aperçus sur l’initiation: <<... même si l’individu considéré ne possède pas le degré de connaissance nécessaire pour comprendre le sens profond du rite et la raison essentielle de ses divers éléments, ce rite n’en aura pas moins son plein effet si, étant régulièrement investi de la fonction de “transmetteur”, il l’accomplit en observant toutes les règles prescrites, et avec une intention que suffit à déterminer la conscience de son rattachement à l’organisation traditionnelle.>> Fin de citation... et que celle-ci ne soit pas interprétée comme une incitation à la paresse, une invitation à la contemplation, à la satisfaction de sa seule intuition, qualité essentielle du Franc-Maçon, soit, mais insuffisante: la spécificité du Maçon, par définition, est l’action; la main gauche n’est rien sans la droite, la Lune ne brille pas sans le soleil, la verticale ne trouve de sens que dans sa rencontre avec l’horizontale.

Voilà, mes FF, replacée, si besoin est, au centre de l’objectif, l’inaccessible étoile que chante Jacques Brel. Nous sommes tous sur le chemin qui y conduit; certains même probablement l’ont déjà effleurée. Or, dans tout voyage, si le but en est l’essence, le chemin en est la substance, et l’un n’est pas sans l’autre, et l’un ne doit pas se confondre avec l’autre; la Franc-Maçonnerie est une voie, et c’est là, mes FF, que nous avons à œuvrer, le regard tendu en avant, mais bien conscients du présent, debout entre Ciel et Terre, entre compas et équerre, guidés par le caractère sacré de notre mission, inspirés par la Beauté, soutenus par la Force, éclairés par la Sagesse.

Exaltante perspective, n’est-ce pas? Si exaltante qu’on en oublie qu’elle exige disponibilité, ténacité, courage, fidélité, sacrifices (et n’oublions pas d’entendre dans sacrifier: faire du sacré).
Armés de ces qualités, animés de l’idéal le plus élevé, les Francs-Maçons, tels des Chevaliers, luttent ensemble dans l’esprit de cette quête; au sein de la chaîne, la question de la Fraternité n’est alors plus de celles qui se posent: la Fraternité s’impose.
Voilà traité, mes TCF, en grandes lignes, l’aspect spirituel de notre démarche tel que je l’entends; venons-en maintenant à des choses plus pragmatiques.

Nous sommes donc en chemin, au travail, notamment par la pratique des rituels et de la fraternité pour vivre la Tradition, la découvrir (au sens premier), l’intégrer, la nourrir, et par elle, vers elle, nous élever; il est du devoir de chacun de transmettre le fruit de ses expériences: les membres de l’ancien collège à ceux du nouveau, les Apprentis d’hier à ceux d’aujourd’hui; devoir de participer à chaque Tenue, de se faire excuser en cas d’empêchement majeur, d’assurer soi-même son remplacement lorsqu’on est en charge d’un office; devoir de se préparer physiquement, intellectuellement, spirituellement afin d’arriver à chaque tenue dans les meilleures conditions, pour les officiers, notamment, avant l’heure annoncée: les Travaux doivent s’ouvrir dans le recueillement et la sérénité, non dans la précipitation et la dispersion; devoir pour chacun de se perfectionner, de se débarrasser de ses métaux, ou du moins, si la tâche, dans un premier temps, s’avère trop rude, de les laisser à la porte du Temple; devoir, pour celui qui se laisse envahir par quelque ressentiment, de relever la bavette de son tablier et de reprendre les étapes de l’Apprentissage qu’il a négligées; le moindre manquement, au niveau de la Fraternité, rompt la Chaîne, brise l’Egrégore, tue le rite; devoir, donc, de créer, maintenir, renforcer les liens fraternels avec tous les membres de l’atelier, puis au delà.

Devoirs, devoirs, devoirs... << En échange de quels droits? >> demande le profane démocrate, épris de justice terrestre, du fond de sa caverne; le droit de porter dignement le titre d’Hommes, de vivre la seule véritable aventure humaine, le droit de participer à la construction du Temple, le droit d’être le Temple, le droit de servir l’Humanité et le Grand Architecte de l’Univers. Et là s’impose comme une évidence le fait que droits et devoirs se confondent parfaitement dans l’esprit du Franc-Maçon.

En guise de conclusion, un mot, emprunté à Albert Camus, dans L’été: << On appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout. >> Fin de citation. Mais ce temps, ce n’est pas l’éternité. Mais ce temps, nous devons le presser, parce que l’humanité souffre, parce que le monde est dans la dispersion. Idéal, moulin à vent, chimère, illumination suspecte? Non! Franc-Maçonnerie.

Poursuivons la route, mes FF, par le travail, la règle, le rite.

Frère Maître de la Colonne d’Harmonie, usez de votre droit, faites votre devoir.

 

                                               J.-M. R.
                                               VMEC de la RL René Guénon
                                               à l’Or.’. de Lausanne
                                               le 16 mars 2006

 

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